b) Notre cadre spirituel : cet irrésistible besoin de croire en Dieu(x) !

  • La naissance des Dieux

Les Dieux sont nés quand l’animal dans son évolution est devenu un être pensant : l’homo sapiens. Si nous prenons la théorie de Darwin comme chemin : l’animal devient humain au moment où il commence de passer de l’instinct à la réflexion.
Comment l’homme peut-il comprendre son environnement ? Tout devient pour lui source d’inconnu, d’incompréhension et d’inquiétude. Imaginez-le devant une nuit étoilée ou en train d’observer le soleil, d’entendre le tonnerre, de voir surgir des éclairs… Il n’y a pas un événement de son espace qui puisse le rassurer ! Pour pallier leurs ignorances, dans chaque région du monde, dans chaque groupe, ces animaux humanisés, ces premiers êtres pensants, par la force de leur esprit, se sont inventé un être supérieur pour apaiser chacune de leurs angoisses. Ils imaginèrent un Dieu pour le vent, un pour la pluie, un autre pour le soleil etc. Ces Dieux devenaient la cause des événements qui se déclenchaient. Maintenant qu’ils avaient l’origine : un Dieu, il leur fallait trouver des raisons. Pourquoi un Dieu pouvait-il créer de telles perturbations ?
Pour bouleverser autant la vie des hommes, ce Dieu se devait d’être contrarié. Il fallait trouver la cause et un responsable : est-ce que quelqu’un lui aurait déplu ? Ces pluies torrentielles qui s’abattent, cette sécheresse qui sévit, cette maladie qui se propage, tous ces évènements laissaient imaginer une punition divine. Comment calmer son courroux? Par anthropomorphisme l’homme primitif, en concevant ses Dieux, imagine qu’ils a des comportements similaires au sien. Comme lui, ses Dieux sont capables de colère comme de clémence. D’une part, il fallait trouver le ou les responsables et les donner en sacrifice pour protéger la tribu de conséquences plus dramatiques. D’autre part, ils croyaient nécessaire de faire régulièrement des offrandes pour les courtiser et tempérer leur mécontentement éventuel. Et comme tout vient à point à qui sait attendre, ces offrandes finirent par donner des résultats : la pluie s’arrêtait, la sécheresse s’atténuait, la peste se dissipait. Les Dieux étaient tranquillisés. Certains humains, plus éclairés, s’imposèrent comme des intermédiaires entre les Dieux et les hommes. Ces sorciers, ces grands prêtres, laissaient croire qu’ils étaient en bon terme avec eux, ils connaissaient leurs secrets et possédaient les formules magiques pour adoucir leur colère. Ils devenaient au fil du temps de plus en plus puissants et indispensables à leur communauté. Des règles s’établirent et les offrandes furent codifiées : les religions étaient nées.
A notre époque, nous avons résolu un grand nombre de problèmes qui nous effrayaient il n’y a pas si longtemps. Nous n’avons peut-être plus besoin d’un Dieu pour comprendre les éclairs mais tant d’autres questions subsistent, et Dieu, pour beaucoup d’entre nous, reste encore l’ultime réponse.

 • La naissance des religions

A une époque lointaine, les sociétés primitives se développent et s’organisent. On ordonne des lois. La société humaine évolue, se hiérarchise. Ce qui se passe sur Terre, se produit aussi dans les cieux. Le panthéon des Dieux se voit doter d’un chef : le Dieu des Dieux. C’est ainsi que nous arriverons au Dieu unique, créateur du monde et des choses. Les religions telles que nous les connaissons aujourd’hui étaient nées. Devenant l’un des piliers fondamentaux de la société, la religion est transmise de générations en générations. Chaque société possède sa religion qui est par définition la Vérité révélée.
La tolérance d’une autre foi est impossible. Une croyance ne peut en accepter une autre sans perdre de sa crédibilité. Il est alors impératif de l’affirmer en obligeant les infidèles d’y adhérer d’une manière ou d’une autre. Chacune d’entre elles étant l’unique véritable religion, l’incroyant est dans l’erreur, il se doit d’être converti et si ce n’est pas possible, il est traité comme un hérétique, un fou, un possédé par le diable ou comme un animal, qui ne mérite que d’être éliminé.

« Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! » 

tempêtait le légat pontifical Arnaud Amaury, en 1208 en assiégeant Béziers, sous prétexte de réprimer l’hérésie cathare. Voilà comment une croyance peut mener jusqu’à un total génocide ! On pourrait penser que notre monde « civilisé » en a terminé avec toutes ces aberrations Mais ne voit-on pas surgir siècle après siècle encore et encore, l’horreur des guerres de religions et des génocides. Quand ces crimes contre l’humanité cesseront-ils ?
En partant d’un Dieu créateur, il fallait développer sa création jusqu’à l’Homme ; puisque c’est lui qui est concerné au premier plan. L’Ancien Testament, considéré par beaucoup comme la Bible originelle, est aux sources du Judaïsme, du Christianisme et de l’Islam, ainsi nommés les religions du Livre pour chacune de ces confessions donc, la même genèse.
Dieu construit le monde et pour terminer son œuvre, il crée ce qu’il y a de plus beau, un homme à son image, Adam, un peu narcissique, non ? Après avoir façonné Adam, il crée Eve et le paradis qui les entoure. C’est la perfection, tout est formidable. Ce couple vit dans le bonheur absolu. Cependant il fallait croire qu’il n’était pas si complet que ça ce bonheur, car le drame arrive : Adam, encouragé par Eve, croque la pomme de la connaissance. Catastrophe, le résultat ne se fait pas attendre : Dieu très en colère, chasse le couple du paradis. Au-delà de ce merveilleux conte anthropomorphique, le concept d’Adam et Eve est l’allégorie du premier homme et de la première femme, et de la perte de leur innocence originelle. En cherchant à comprendre, Adam et Eve abandonnent le paradis constitué de leur ignorance. La nature humaine est alors corrompue par cette faute originelle et ce n’est qu’en adoptant la foi que l’être humain retrouve la paix qu’il avait perdu. Par la croyance, il se donne à Dieu : la boucle est bouclée.

• La naissance de l’homme distinct de l’animal.

Dieu, le grand architecte de l’univers, devient la seule réponse que l’être humain puisse trouver pour comprendre que dans cet espace-temps incommensurable, tout s’organise dans une succession de causes et d’effets. Dieu apparaît comme la plus haute pensée qu’un être vivant puisse imaginer.
Et pourtant comment croire en un Dieu créateur ? En admettant que cet univers existe, comment un être suprême, quel que soit le nom qu’on lui donne, Allah, Jéhovah, Dieu, Shiva, etc. pourrait-il être le responsable de la création ?
Qu’on le considère comme l’observateur du monde qu’il a créé ou qu’il soit toujours le créateur de ce monde à chaque instant, cela peut laisser pantois ! Comment un Dieu omniscient, omniprésent, omni tout ce que l’on peut imaginer, considéré comme parfait, pourrait-il créer ? Le désir de créer, ne répond-il pas à un manque, à une insatisfaction ? Comment pourrait-il être insatisfait ? Et comment peut-on concevoir un Dieu parfait et pourtant incapable d’engendrer des créatures qui le satisfassent ? Dieu ne peut vraiment pas être l’invention de Dieu, il ne peut être que la sublime imagination de l’homo sapiens, ce petit être insatisfait en voie d’amélioration.
Les philosophes occidentaux en s’interrogeant sur l’humain se sont aussi confrontés à des contradictions qu’ils n’ont su résoudre. Aucun d’eux n’a pu trouver une réponse satisfaisante. Les religions ont gardé la vie belle, Dieu n’est même plus une question de croyance, il est la preuve de notre ignorance et de notre incompréhension : la solution à nos craintes, nos peurs, nos angoisses. Dieu est l’ersatz de la connaissance. Il est né avec la causalité, de l’incompréhensible cause. Dieu n’est pas le concept surimposé au monde, il est la causalité du monde. Il est le monde : il se manifeste dans chaque pensée, dans chaque action, dans chaque silence. Il fait partie intégrante de l’univers. Dieu n’a pas de religion, il se manifeste dans chaque religion. Dans la religion catholique, comme dans toutes les autres religions, on croit en Dieu, on l’affirme sans pouvoir le prouver. Il n’est remis en question que quand on perd la foi et dans ce cas on doute. Mais douter, c’est encore le concevoir et c’est toujours croire en lui. Nous nous sommes appropriés Dieu. Nous l’entourons de mystère. C’était sa définition première, il était la réponse aux questions qui n’en ont pas. C’était sa place de départ et nous l’avons oublié. Dieu n’est que la preuve de notre ignorance.
Nous avons évolué avec une religion que peu ont osée remettre en question. C’était la croyance de nos parents qui la tenaient de leurs parents, etc. C’est une tradition qui date, les textes qui la supportent, parlent de la nuit des temps. Comment douter alors de la pensée de nos ancêtres ?
La religion s’est imposée par son ancienneté, elle a fait ses preuves. A quoi bon s’en écarter alors qu’elle rassure et apaise ? Chaque culture a érigé une force surnaturelle. Notre incompréhension s’est traduite par une multitude de religions, de sectes, de croyances : le judaïsme, le christianisme, l’islam, mais aussi l’hindouisme, le bouddhisme ou encore le confucianisme, le taoïsme et toutes ces autres convictions chamaniques ou sectaires qui se partagent le monde mystique et surnaturel. Toutes ces suppositions ont apaisé l’homme et l’ont soutenu dans ses difficultés à exister, comprendre et être heureux. Mais aucune d’elles n’a permis d’aboutir à une certitude.
Pour étayer la théorie de l’être suprême, la foi s’est emparée de certaines manifestations sortant de la causalité ordinaire. Elle a voulu voir dans des effets, sans cause intelligible, des miracles dont seul Dieu serait capable ! Ces événements sont alors présentés comme la preuve de l’existence divine. L’Homme, malgré l’évolution de ses connaissances, ne semble pas avoir beaucoup changé. Il continue comme au temps des civilisations primitives à remettre l’inconcevable à Dieu. Pourtant ne voit-il pas que ses perceptions sont déjà des miracles par elles-mêmes ? Est-il besoin d’en rajouter ? N’est-il pas prodigieux d’exister, d’être conscient, de voir, de parler, de comprendre ou de se poser des questions ? Nous vivons si simplement tous ces phénomènes qui nous paraissent si évidents, que nous passons à côté de ce merveilleux quotidien.

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