Avant-propos

Au-delà de la croyance
La révolution spirituelle

Essai

Il faut aller à la vérité de toute son âme.
                                    Platon.
What you are, you see outside.
Ce que vous êtes, vous le voyez à l’extérieur.
                  Sri Atmananda Krishna Menon.
 Avant –propos

Combien de fois, avons-nous eu l’espoir de trouver du sens à notre existence ? Quand tout va bien, les questions se posent rarement, mais dès qu’un incident vient troubler l’équilibre précaire de notre vie, c’est à ce moment que tout bascule et on ne comprend plus grand-chose de la causalité qui nous entoure.

Le souhait de ce texte est d’analyser le monde non pas de l’extérieur comme le font les scientifiques, mais de l’intérieur, en partant de l’homme, acteur ou témoin. Nous tâcherons de faire fi de ce que nous imaginons, nous essayerons d’aller au-delà de nos habitudes pour essayer de découvrir cette réalité qui nous échappe et qui condamne chacun de nous à s’établir dans des croyances.

Dès mon plus jeune âge, j’étais persuadé que les mots étaient porteurs de signification et que si le mot « Vérité » avait été imaginé, il était clair que le sens profond qu’il signifiait, devait exister aussi. Il ne me restait plus qu’à le découvrir.

J’avais des parents de confession chrétienne suffisamment croyants pour m’éduquer dans leur foi. Mais à cette époque comme souvent encore maintenant, que l’on soit croyant ou non, la question ne se posait pas, on était élevé dans les principes de sa communauté.

Je me souviens de ma première année au collège, c’était au Lycée Carnot à Paris. Malgré que cela soit un établissement public et par conséquent laïque, aussi surprenant que cela paraisse aujourd’hui, nous avions une heure de cours de religion catholique par semaine qu’aucun d’entre nous n’avait remis en question. Ma première révolte commença cette année-là en décidant d’arrêter ces cours de catéchèse. Après maintes interrogations, j’avais remis en question le culte que l’on m’avait imposé et le fait de refuser d’assister à ces cours fut pour moi un grand soulagement. Je revois encore ce jeune prêtre que je croisais dans les couloirs du collège et qui me regardait avec étonnement. Je supposais qu’il ne comprenait pas pourquoi, ce garçon à l’apparence si réservé, était le seul à ne plus vouloir écouter son enseignement. Malgré tout, je continuais à garder à l’esprit la phrase que l’on attribuait à Jésus :

Celui qui cherche trouve, et ayant cessé de chercher, il sera émerveillé.

Cette recherche me paraissait primordiale et j’avais l’impression que le but de ma vie était de découvrir cette énigme mais je ne savais vraiment pas par où commencer ? Je pensais que beaucoup êtres humains devaient avoir le même questionnement. Au fil des années qui suivirent, je me mis à interroger mon entourage : étaient-ils croyants ? Que pensaient-ils des religions, de Dieu, de la Vérité ? Quelle ne fut pas ma surprise de m’apercevoir que tout ce beau monde qu’il soit cultivé ou simple quidam, vivait dans un flou artistique et qu’au-delà de leur foi souvent branlante, personne n’avait vraiment de réponse ! Ils ne pouvaient dire qu’ils en étaient satisfaits et le plus souvent, ils préféraient éviter ce sujet. Accablé par cette découverte, je décidais de me donner encore deux ans pour arriver à mon but. Si au bout de ce laps de temps je ne trouvais pas de réponses, je mettrai fin à mes jours.

Mon compte à rebours commença très sérieusement. Je trouvai aussi fascinant de décider de se sucider non pas à cause d’une émotion désespérée mais à la suite d’une décision mûrement réfléchie et à une date bien précise. J’avais alors une quinzaine d’année, j’avais commencé à faire de la peinture mon passe temps favori et pour savoir où j’en étais du temps qui m’était encore imparti, j’entrepris d’inscrire au dos de chaque toile, le nombre de jours qu’il me restait encore à vivre. Quel romantisme !

N’allez pas croire que j’ai réellement résolu cette énigme au bout de ces deux petites années, mais comme tout un chacun je tenais à la vie et je n’avais pas vraiment envie de disparaître si jeune. Surtout que ma sexualité s’était bien éveillé et que j’avais découvert un nouveau sens à ma vie : faire l’amour me parut la chose la plus merveilleuse qui puisse exister. Peu avant la date fatidique, je retournai la situation d’une pirouette en décrétant que je n’avais pas besoin de mourir pour me considérer comme mort. Satisfait par cette pensée, elle me suivit pendant longtemps. Elle me donna suffisamment de forces pour accomplir au cours de mes années mouvementées, des expériences que je n’aurais peut-être pas faites sans cette apparence d’invulnérabilité. Mais mon but n’est pas de vous raconter ma vie. Je voulais juste situer cet aspirant à la Vérité qui souhaite vous fait partager sa recherche spirituelle qui a commencé il y a une soixantaine d’année.

Comme j’ai pu le constater, la recherche de la Vérité n’est plus vraiment un sujet de notre culture et seul un petit nombre d’êtres humains se penchent sur ce sujet. Que nous vivions dans un monde judéo-chrétien, musulman ou bouddhiste, nous avons été confinés dans des croyances qui nous guident tout au long de notre vie et nous empêchent de réfléchir autrement. Si certains d’entre nous souhaitaient se remettre en question, ils devaient dépasser aussi l’idée que la vérité leur était inaccessible. On nous a fait comprendre que chacun de nous pouvait avoir «sa vérité» et que par conséquent elle ne pouvait être «la Vérité». Nos pensées se sont organisées de génération en génération, chacune d’elle tenant ses croyances, ses affirmations, son credo des générations précédentes. Ainsi, nous avons été façonnés par des siècles d’habitudes qui ont transformé  nos croyances en réalité à force de les répéter.

Notre désir profond de comprendre le monde qui nous entoure, date de l’époque où de la condition instinctive de l’animal, nous sommes passés à la condition réfléchie de l’être humain. Les réponses qu’ont fini par donner les religions aux questions de nos très lointains ancêtres, ont dû être, à leur époque, satisfaisantes, mais peuvent-elles l’être encore aujourd’hui ?

Les homos sapiens que nous sommes, ont eu la chance de continuer à développer leurs connaissances et les réponses d’hier ne peuvent plus être celles d’aujourd’hui. Pour essayer de rester crédible, les églises ont du s’adapter en remaniant au fil des époques leurs affirmations . Malgré cela, certaines croyances ont gardé la vie dure et sont restés malgré leur caractère irrationnel. Fort heureusement, beaucoup d’entre nous peuvent encore se remettre en question. Puissions-nous avoir encore quelques espoirs dans notre discernement.

Pour construire un nouvel immeuble, il est nécessaire de faire table rase de tout ce qui existait et s’il y avait un ancien bâtiment, il faut le déconstruire jusqu’à ses fondations pour édifier l’autre en toute sérénité. Nous allons tout d’abord commencer à identifier les idées qui nous ont forgées et nous questionnerons leur exactitude quand cela sera nécessaire. Après les révolutions sociales, politiques, industrielles, culturelles et numériques, commençons notre révolution spirituelle. Après des siècles d’immobilisme, au XIXe siècle, la société occidentale s’ouvre à de grandes découvertes : de nouvelles sources d’énergies sont exploitées et des techniques jusqu’alors inconnues se développent. Nous continuons encore aujourd’hui à vivre une époque de profonds changements qui nous donne l’impression d’un progrès qui n’est pas prêt de s’épuiser. Ces nouvelles connaissances, ces nouveaux moyens à notre disposition nous emportent dans des activités et des informations de plus en plus nombreuses qui ont accompli la prouesse de nous ouvrir l’esprit. En contre partie, nous sommes devenus de grands consommateurs matérialistes qui n’arrivent plus à s’arrêter même un instant sans être angoissé. Ils préfèrent se précipiter sur leur portable pour envoyer un texto ou pour faire un jeu solitaire pour s’occuper le temps nécessaire.

L’Homme à la différence de l’animal façonne son environnement comme il le souhaite. Nous changeons le monde pour mieux en profiter. Nous développons nos idées dans toutes les directions : incapables de voler, nous créons des engins volants, dans l’impossibilité d’être ubiquistes, nous inventons des moyens de communication. Nous analysons nos pensées, nos comportements, nous souhaitons être heureux dans toutes les situations. Nous développons nos réflexions, nos connaissances pour construire un monde extérieur qui répondra toujours mieux à nos souhaits. Qui sait ce que nous réserve l’avenir ? Pouvions-nous imaginer il n’y a même pas un quart de siècle, que nous nous baladerions tous avec des téléphones portables, que nous pourrions communiquer et voir à distance … Le « progrès » nous promet encore bien des surprises ! Je viens juste de lire qu’une entreprise de la Silicon Valley va bientôt essayer de commercialiser un petit appareil, à peine plus grand qu’une boîte d’allumettes, avec lequel, nous pourrons nous envoyer des décharges dans le cerveau pour devenir plus heureux ; quel programme !

Les scientifiques ont orienté leurs recherches sur le monde extérieur, tandis que nous avons laissé le soin aux Eglises d’organiser nos émotions spirituelles, aux philosophes de philosopher, aux Dieux d’être la Vérité. Pourquoi pas ! Je suis certain que beaucoup d’entre nous s’en contentent. C’est à ceux qui ne peuvent pas de se résoudre à n’être qu’un croyant, un athée ou un agnostique, que cet essai s’adresse.

Après quelques années d’existence, la quête de la Vérité me poussa vers l’Inde. Au fil de mes rencontres, j’avais noté précieusement les adresses de sages que l’on m’indiquait. Sans trop d’espoir de croiser un jour un être exceptionnel, je voulais côtoyer ces hommes que l’on désignait comme éclairés, je souhaitais connaître ce qu’ils avaient de plus à dire que le « commun des mortels ».

Ma compagne et moi habitions à cette époque dans le sud de la France, dans une ancienne briqueterie que nous avions transformée en centre culturel. Nous y organisions des rencontres, des activités axées sur différentes pratiques comme le yoga, le shiatsu, la macrobiotique, le Taôisme, le Bouddhisme, le Zen… Nous organisions aussi des stages de théâtre, d’artisanat, des expositions, des concerts et représentations théâtrales… C’était un lieu d’échanges spirituels et philosophiques dans lequel nous nous intéressions à tous ceux qui se prétendaient capables d’apporter quelque-chose à la connaissance humaine. Chaque fois que nous le pouvions, nous organisions des séances de réflexions, des conférences débats avec les représentants des courants de pensées comme la macrobiotique avec Michio Kuschi, de la pensée orientale avec des disciples de Krisnamurti, de Jean Klein, d’Aurobindo, des bouddhistes, des philosophes et autres penseurs… Souvent nous étions déçus par leurs approches, elles nous semblaient sujettes à des concepts qui n’étaient en fait que de nouvelles croyances. Nous estimions qu’il y avait davantage à connaître que l’ « ici et maintenant », panacée de l’époque.
C’est à la fin de l’été 77 que, nous avons décidé de partir en Inde à la rencontre de ces sages. Notre fille venait d’avoir cinq ans,. Nous avions choisi le sud, le Kerala pour première destination : on nous avait parlé d’un fermier, et ceux qui l’avaient rencontré nous paraissaient bouleversés. C’était plus qu’il nous en fallait.
Après une escale au Caire puis une à Bombay, nous sommes arrivés à l’aéroport de Trivandrum, qui a pris aujourd’hui le nom de Thiruvananthapuram dans l’état du Kérala. Une forte chaleur humide, emplie de parfums sublimes d’épices, nous accueillit sur le tarmac à la descente de l’avion. Nous avons pris ensuite un autocar pour effectuer une centaine de kilomètres. Au bout de trois heures de route périlleuse à travers les rizières, nous arrivâmes dans un bourg pour enfin trouver un taxi « Ambassador » et effectuer les derniers kilomètres qui nous séparaient de la maison de ce fermier.

La voiture s’arrêta ; le chauffeur nous annonça que nous étions arrivés. La nuit était tombée ; nous étions sur un chemin en terre battue devant un petit escalier. Le taxi ne pouvait aller plus loin, nous devions faire le reste à pied. A travers des cocotiers, manguiers et palmiers, on distinguait une petite lumière. Nous primes  nos bagages et notre fille par le main et nous nous sommes dirigés vers elle. Nous ne savions pas encore que notre existence allait s’éclairer pour toujours.

Ainsi, je rencontrais pour la première fois Sri Narayanan Nair. Très rapidement, je compris que toutes les autres adresses ne nous étaient plus d’aucune utilité, nous venions de rencontrer la personne que j’avais tant souhaitée rencontrer dans mes espoirs les plus fous. Jamais je n’aurais pu imaginer qu’un jour, ce serait possible. J’étais au comble du bonheur. Nous nous sommes installés à un quart d’heure à pied de chez lui, dans une petite maison de location entourée seulement de rizières et de cocoteraies. La région était d’une beauté extrême.
A notre arrivée, il y avait déjà un Européen, un Français qui voyageait sans but à travers le monde. Il s’était retrouvé ici par hasard, sans trop savoir pourquoi. Mais au fil de nos rencontres journalières, nos questions, ses réponses faisaient émerger chez nous de nouvelles interrogations. Nos conversations devinrent passionnantes.
Sri Narayanan Nair recevait ceux qui le souhaitaient dans une petite pièce, celle-là même qui était éclairée et qui nous avait guidés pour arriver jusqu’à lui. Quand on allait le voir, il était souvent assis sur une chaise longue, entouré de coussins. Il était toujours disponible. Nous étions chez lui le matin et le soir, plusieurs heures par jour pour lui poser nos questions existentielles. Il ne nous parlait sérieusement que quand nous avions quelque chose à demander. Ses réponses d’une telle évidence, s’accordaient toujours à nos attentes et nous transportaient chaque fois un peu plus. Comment aurais-je pu savoir que son enseignement m’ouvrirait tant l’esprit. C’était au-delà de toutes les intuitions que nous avions pu avoir.
Nous sommes restés auprès de lui pendant trois mois, aussi longtemps que notre visa nous l’autorisait et à la fin de notre séjour, nous savions d’ores et déjà que nous reviendrions. Nous avons ainsi pris l’habitude de retourner le voir une ou deux fois par an, ensemble ou à tour de rôle, pendant des périodes de deux à trois mois. Ainsi, pendant plus de quinze ans, nous avons partagé nos existences entre le Kerala et le sud de la France où nous retournions pour travailler et gagner notre vie.
Cet essai m’a été fortement inspiré par l’enseignement qu’il m’a donné, par les poèmes « Âtmâ Nirviti » et « Âtmâ Darshan » de Sri Krishna Menon, son Maître spirituel. Je me suis aussi intéressé aux notes prises dans les années cinquante par un autre disciple de Sri Krishna Menon, Nitya Tripta, qui a rapporté pendant plusieurs années les réponses de Sri Krishna Menon aux questions qu’on lui posait. Il nous rappelle plusieurs fois dans ces notes, qu’il est impératif de rencontrer le Karana-Guru, le Maître spirituel vivant, pour réaliser la Vérité.
Si la Vérité est, elle ne peut être une croyance et ne peut évidemment pas appartenir à une religion, pas plus à une philosophie, à une manière de penser ou une manière de faire le vide. Elle se doit d’être une science, la science de la connaissance et de la sagesse. Elle est l’aboutissement de la réflexion des plus grands sages. La connaissance qu’ils ont acquise a été soigneusement protégée et gardée secrète jusqu’à nos jours.
L’être humain a évolué, les croyances et les religions qui le soutenaient ont perdu de leur force. Cette époque touche à sa fin. Chaque être humain, s’il le souhaite, est en droit de savoir que la Vérité existe et qu’elle peut lui être accessible.
Si vous avez encore à l’esprit quelques croyances auxquelles vous êtes toujours attachés, gardez-les en sommeil pendant cette lecture, vous pourrez y revenir plus tard, si vous en ressentez toujours le besoin.
Au cours de cet essai, nous allons tenter d’analyser ce qui nous empêche d’accéder à la Connaissance, pour ensuite la dis-cerner, je l’espère, d’une façon qui nous sera de plus en plus évidente.

Suite Chapitre 1

 

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