Conclusion

J’ai vécu ce livre à chaque instant comme une urgence. Plus le livre s’écrivait, plus j’avais l’impression de m’enrichir, en m’approchant encore et encore de la Vérité. Souvent je me suis senti comblé par le bonheur. Comme vous pouvez le constater, ce mental ne peut pas s’empêcher de s’approprier la Vérité !
Un livre a toujours deux acteurs, celui qui écrit et celui qui le lit.

« Chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi-même. » Le temps retrouvé de Marcel Proust.

Chaque mot que nous lisons est porteur de sens. Le sens investi par l’auteur n’est pas nécessairement celui perçu par chaque lecteur, au risque d’une profonde méprise. J’ai seulement l’espoir d’avoir été suffisamment clair pour que vous puissiez saisir le sens au-delà des termes choisis. Prendre le chemin de la Vérité, c’est aussi prendre le chemin du bonheur, mais nous restons toujours dans les préliminaires.
Rappelez-vous aussi que la Vérité ne peut s’apprendre par les livres. Aussi, j’achèverai cet ouvrage en vous exposant quelques mises en garde avant de vous encourager encore davantage vers la voie de la Vérité.

• Mises en garde

En analysant le monde et en le comparant à une illusion, nous approchons sans aucun doute au plus près de la Vérité. Ce monde existe par l’illusion des hommes. Dieu, le temps, l’espace et la causalité sont nés en même temps que l’illusion. Le monde a acquis de la puissance, des énergies difficiles à vaincre. L’être en prise avec ces forces, se retrouve avec des attitudes mentales accumulées au fil des générations. Tous les exercices qui l’aident à retrouver sa nature réelle, peuvent apporter des expériences mentales contradictoires, comme si des forces destructrices s’ingéniaient à faire obstacle à sa libération. Ces énergies peuvent être perçues dans des formes agressives matérialisées que certains mystiques ont cru percevoir comme les forces du mal.
Penser avoir découvert la vérité est la plus grande des illusions. Celui qui sait se sent au-dessus de la Connaissance. Celui qui veut savoir est toujours dans la dualité de son désir. Celui qui sait ou qui veut savoir est toujours dans l’égo. Vous êtes toujours la Vérité, avant, pendant et après sa réalisation. La Vérité est notre véritable nature. Elle n’a pas besoin de notre connaissance pour exister. Elle est Existence, Conscience et Paix.
L’ego veut toujours s’accaparer l’expérience, il est nécessaire de s’en protéger. Le but est justement de se séparer de nos fausses identifications au corps, aux sens et au mental et de tourner son attention pour atteindre la position du témoin. Quand le corps, les sens et le mental sont éliminés de la Conscience, celle-ci, support de chaque expérience, brille de toute sa splendeur. Exprimer une expérience spirituelle est une erreur d’aucune aide. Il n’y a qu’une seule expérience spirituelle : elle consiste à connaître le Soi ou à le visualiser sans la moindre relation de sujet à objet. Cependant, l’ego tente ensuite d’exprimer cette expérience en mots, sans jamais avoir été présent dans l’expérience. Dans cette tentative, l’ego caricature misérablement l’expérience spirituelle avec la seule norme qui lui est disponible : la relation du sujet à l’objet. L’ego prend le rôle du sujet et essaie de faire du Soi impersonnel son objet en l’appelant « bonheur ». Ainsi l’ego prétend s’être réjoui du bonheur. Cette déclaration n’est rien d’autre qu’un mensonge car l’expérience a été unique et indivisible. L’ego est un mixte fallacieux entre la réalité du Soi et l’irréalité du corps et de l’esprit. La présence de la réalité dans l’ego, permet à l’ego de se rappeler de l’expérience réelle au moins partiellement. Mais la mémoire devient floue avec l’identification de l’irréel au réel. Le souvenir de l’expérience est d’autant plus déformé par la tentative de l’exprimer à travers l’étroit média du langage de l’esprit. La langue est l’art de dissimuler la pensée. La pensée est l’art de dissimuler la Vérité. La Vérité transcende la réalité et l’illusion quand l’esprit ne peut concevoir que ces deux oppositions. La véritable nature de la Vérité n’est pas compréhensible par le mental.
L’homme ordinaire souhaite se sentir établi dans la Vérité et la visualiser. Cela prendra du temps pour que le samskara de ce désir le quitte complètement. Chaque fois que ce samskara arrive, il faut diriger son attention sur la Vérité et ce samskara s’évanouira pendant un moment. Ne cherchons pas à utiliser le mental, laissons la Vérité s’imposer d’elle-même. Elle est l’épanouissement de la liberté. La visualisation de la Vérité n’empêchera pas les anciens samskaras d’exister mais ils pourront progressivement être maîtrisés. On peut considérer aussi la dualité qui forge notre monde comme un de nos samskaras.
La libération est la fin de l’esclavage. Les deux n’existent que l’un par rapport à l’autre, comme la vue existe en opposition avec la cécité. Pour atteindre l’absolue réalité, il faut transcender les contraires comme l’esclavage et la libération.

• La voie de la Vérité

La vie dans laquelle nous existons est pour chacun de nous la plus parfaite, c’est celle qui nous demande le moins d’énergie. Quand nous souhaitons changer d’existence pour avoir une vie meilleure, toute l’énergie que nous allons devoir utiliser pour avoir une existence plus agréable sera autant d’ardeur que nous ne pourrons plus consacrer à notre recherche spirituelle.
De plus, si des changements doivent s’opérer au cours d’une existence, ils n’entameront pas notre recherche. La vie est à l’extérieur, notre recherche est à l’intérieur, elles sont sur deux plans différents. On peut considérer que notre situation dans la vie est toujours la plus appropriée pour poursuivre notre quête spirituelle.
Les parents en donnant naissance à un enfant sont responsables de lui avoir donné un corps, source d’esclavage et de tracas. Dans ce monde phénoménal, on pourrait considérer que c’est une erreur. Pour compenser, les parents devraient aider leur enfant, de telle manière qu’il en soit conscient et instiller en lui un profond désir de libération. Il n’est pas nécessaire de montrer à son enfant le chemin de la vertu, celui de la raison ou du progrès. Pour lui, ces mots sont vides de sens. Il est préférable de lui faire découvrir qu’il existe en lui ce principe lumineux et permanent qui est la vie. Progressivement, l’enfant prendra conscience que ce principe de vie est la première apparition ou émanation de la Vérité. L’attachement à ce principe orientera ses aspirations vers plus de noblesse d’âme que n’importe quel autre discours.
Le monde de la diversité est construit sur le concept de la dualité. Elle présuppose une existence distincte et indépendante de l’objet et du sujet. La dissociation du couple sujet-objet, celui qui perçoit et l’objet perçu, est l’erreur de base qu’il a suffi d’éliminer pour s’établir dans la Vérité.
Notre illusion, ce rêve éveillé, nous pourrions la vivre dans la liberté et la joie, sans limitation. Cependant, le temps, l’espace et la causalité sont si puissants dans notre mode de pensée qu’il nous est pratiquement impossible de pouvoir nous séparer d’eux. Nous avons l’illusion d’un monde en trois dimensions quand il n’y a que la Réalité. Ces attachements, ces samskaras sont tellement enracinés en nous, que l’explication de la Vérité ne peut pas nous aider à la découvrir subitement. Elle transcende le mental et ne peut être appréhendée logiquement. Ce sont les activités du corps, des sens et du mental qui font obstruction à notre véritable nature. Les textes ne peuvent être qu’une approche pour l’aspirant à la Vérité. Il rencontrera ensuite, en cheminant, le Maître spirituel qui l’aidera à se réaliser. La relation de Maître à disciple se situe au-delà du champ de la compréhension humaine.

• La Vérité réalisée

Sachez que les samskaras de votre ego s’atténueront progressivement jusqu’à leur disparition. Si les ombres des anciens samskaras rodent encore, elles ne le feront que pour obéir à votre plaisir. Quand les samskaras de votre véritable nature seront assez forts pour se substituer aux anciens, il n’y aura plus rien à accomplir. Vous ne serez plus attiré par le désir et il ne pourra plus jamais vous éloigner de la Vérité. Enfin, plus aucune question ne pourra vous perturber.
Quand votre corps, vos sens et votre mental fonctionneront, vous saurez sans le savoir que votre centre ne peut jamais être ébranlé. Vous pourrez alors faire face à la mort du corps avec autant de facilité et de contentement que lors d’un événement ou d’une fête agréable. Vous pourrez donner libre cours à vos émotions et à vos sentiments, comme tout être passionné, mais vous saurez, tout aussi simplement, vous en détacher pour passer à une autre activité comme un comédien sur une scène de théâtre. Quand votre attention sera dirigée vers votre Nature véritable par un mot ou un événement extérieur, les activités du corps, des sens et du mental se dissiperont et vous serez en paix dans le plus profond de votre être.
Dans cet essai, à chaque fois que nous cherchons à comprendre quelque-chose, nous partons de l’erreur pour cheminer vers la Vérité. Nous mettons en exergue les artéfacts culturels dans le but de dépasser l’illusion. Les mots, les pensées ne peuvent être que des marqueurs qui indiquent le chemin à prendre. Une fois l’objectif atteint, ils n’ont plus de sens. Imaginez que vous vous rendez à Rome par la route, vous suivez les panneaux indiquant la direction, les uns après les autres. Vous n’allez pas analyser chaque panneau en vous demandant s’il est pertinent, car vous n’avanceriez pas et n’atteindriez jamais Rome. Pour y parvenir, vous vous contenterez de les suivre jusqu’à destination sans jamais y repenser. Une fois la Vérité atteinte, il n’y a plus d’ignorance, d’illusion ou d’erreur. Pourtant pendant tout le chemin, il y a toujours cette erreur de départ dont il est bien laborieux de se séparer.
L’homme est esclave de sa vie quand il est persuadé d’avoir été l’acteur de toutes les activités physiques, mentales ou émotionnelles qu’il a vécu. Il est pris dans l’étau de l’espace-temps et de la causalité. Il a perdu sa liberté d’action, il est conditionné par son destin. Peut-il s’éveiller et trouver le chemin de la liberté ? Vous avez cru voir un serpent mais en réalité quelqu’un vous montre que ce n’est qu’une corde. L’illusion du serpent n’apparaîtra plus à celui qui a vu la corde.
L’Homme devait passer par l’ignorance pour atteindre la connaissance : cet animal à deux pattes est devenu un humain quand il a pris conscience d’un absolu, tout en restant identifié à son corps. Cette dualité l’a contraint à une profonde incompréhension. Par son ignorance, il s’est mis à imaginer à des faits surnaturels. De ses croyances, il a conçu des êtres supérieurs qui dirigent le monde puis un être suprême, créateur du ciel et de la terre. En remettant en question ses croyances, il découvre la connaissance, la Réalité. Il est alors libéré de son erreur fondamentale qui était de s’identifier au corps, au mental et aux sens. Pendant notre existence, nous nous sommes pris pour ce corps, pour nos pensées ou pour nos sens. Il est alors naturel d’être dans un univers aussi varié : la diversité commence quand une chose est divisée en deux par de simples mots. Le pot de terre n’existe que parce que la terre existe. Dans cet exemple, la terre est Existence. La forme du pot est la limitation par la quelle nous percevons la terre. Quand je suis ce corps, l’existence paraît alors limitée à la vie du corps, la connaissance devient limitée au mental, qui connaît l’objet. L’objet prend alors toute son importance en paraissant exister avant que l’on en ait eu connaissance et nous sommes alors projetés dans l’illusion du monde, alors que c’est la Connaissance qui prend la forme de l’objet : elle est le fond, le support, l’essence même de l’objet. L’objet apparaît et disparaît dans la Connaissance qui reste inchangée. L’objet est comme la vague qui apparaît et disparaît sur la mer, et qui n’est que de l’eau. Ces formes ne sont que des limitations supposées de l’eau. La limitation crée la diversité, la diversité donne l’illusion du monde et le monde nous renvoie à des questions.
C’est en découvrant l’illusion du monde que l’on découvre la Réalité. Le fait que j’existe est la seule certitude qui ne peut être remise en question. En percevant le monde par l’intermédiaire des sens, l’existence qui m’est propre est transférée aux objets perçus et au monde qui les supporte. Le monde n’est qu’un tigre en papier qui a pris l’apparence de la Réalité. Si l’on se tient comme le témoin indivisible au-delà du mental il n’y a pas de diversité, il n’y a qu’expérience. Quand l’illusion est connue, il n’y a plus d’illusion. Seule l’ignorance de l’illusion est la cause de l’illusion. Réaliser l’illusion du monde n’est qu’un passage de l’homme ignorant persuadé que le monde existe, à l’homme éveillé libéré de l’illusion.
Après avoir vécu par l’instinct dans le monde animal, par la croyance et la superstition dans le monde civilisé, l’être humain peut franchir une nouvelle étape en accédant à la Connaissance. Lâchant prise, rassuré du pourquoi, du comment, n’ayant peur ni de Dieu, ni de la mort, n’ayant ni l’angoisse de demain, ni la haine de l’autre, expérimentant la paix, nous sommes sur ce chemin de l’intuition.

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